Les petites douceurs de chez Mitou

arts, amours, plaisirs, contrariétés, pensées...
Posts tagged “XXème”

« … Regarde derrière, regarde dehors : si nous nous rencontrons, tue sur l’heure!… »

Oui, c’était la première ligne du passage fameux du chapitre de l’Éclairement populaire, dans le Rinzairoku : la suite coula d’elle-même : « Si tu croises le Bouddha, tue le Bouddha! Si tu croises ton ancêtre, tue ton ancêtre! Si tu croises un disciple du Bouddha, tue le disciple du Bouddha ! Si tu croises tes père et mère, tue père et mère! Si tu croises ton parent, tue ton parent! Alors seulement tu trouveras la Délivrance. Alors seulement tu esquiveras l’entrave des choses, et tu seras libre… »

Ces mots m’arrachèrent à l’impuissance où j’avais sombré. D’un seul coup, je sentis dans tout mon être une surabondance d’énergie. Une partie de moi s’obstinait bien à me répéter que ce que j’allais faire était maintenant sans utilité : ma force neuve ne redoutait pas cette inutilité. Parce que c’était inutile, je me devais d’agir.

三島 由紀夫 (Yukio Mishima), 金閣寺 (Le Pavillon d’Or), chapitre 10, traduction de Marc Mécréant

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tivaau:

The Little Prince (in Braille) — A boa constrictor digesting and elephant.

tivaau:

The Little Prince (in Braille) — A boa constrictor digesting and elephant.

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[…]le champ ouvert au musicien n’est pas un clavier mesquin de sept notes, mais un clavier incommensurable, encore presque tout entier inconnu, où seulement çà et là, séparées par d’épaisses ténèbres inexplorées, quelques-unes des millions de touches de tendresse, de passion, de courage, de sérénité, qui le composent, chacune aussi différente des autres qu’un univers d’un autre univers, ont été découvertes par quelques grands artistes qui nous rendent le service, en éveillant en nous le correspondant du thème qu’ils ont trouvé, de nous montrer quelle richesse, quelle variété, cache à notre insu cette grande nuit impénétrée et décourageante de notre âme que nous prenons pour du vide et pour du néant.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu I (Du côté de chez Swann), 2ème partie (1919)

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Et Swann aperçut, immobile en face de ce bonheur revécu, un malheureux qui lui fit pitié parce qu’il ne le reconnut pas tout de suite, si bien qu’il dut baisser les yeux pour qu’on ne vît pas qu’ils étaient pleins de larmes. C’était lui-même.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu I (Du côté de chez Swann), 2ème partie (1919)

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L’espérance d’être soulagé lui donne du courage pour souffrir.

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu I (Du côté de chez Swann), 1ère partie (1919)

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Robert Rauschenberg, Estate, huile et sérigraphie sur toile (243,9x177,8 cm), 1963

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Est-ce ainsi que les hommes vivent

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
A quoi bon puisque c’est encor
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays

Cœur léger cœur changeant cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
Le pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien

Dans le quartier Hohenzollern
Entre la Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais de m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons, des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke

Elle était brune et pourtant blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Et travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur
Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Comme des soleils révolus.

Louis Aragon, Le Roman inachevé(1980)

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Non ! L’amour était au-delà de ces singeries. La femme n’était pas ce monstre vautré aux entrailles dociles. L’accouplement n’était pas cette danse élastique, huilée et morne, contre un corps dont tout notre esprit nous sépare. On n’aime pas comme on se nourrit, comme on boit, comme on dort, mais dans une communion qui transfigure les plus sales besoins. Entre deux êtres d’élite, se crée, certainement, une harmonie mystérieuse des appétits animaux et des plus hautes aspirations du cœur. L’instinct est sublimé par une attraction merveilleuse. L’homme et la femme échappent à la domination de leur chair, sans rien sacrifier de leur richesse sensitive.

Henri Troyat, L’Araigne, partie I, chap. 3 (1938)

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La solitude permet de croire au génie.

Henri Troyat, L’Araigne, partie 1, chap. 3 (1938)

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Les hommes sont inconscients […]. “J’ai tellement confiance en toi”, tellement confiance que je peux te tromper, te laisser seule, et qu’il n’est pas possible que le contraire arrive. C’est sublime.

Françoise Sagan, Aimez-vous Brahms… (chapitre VII)

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Tout le monde fermait les yeux autour de lui. Il avait l’impression, parfois, qu’on ne l’avait pas endormi pour subir l’interminable opération de la vie. Une anesthésie soigneuse émoussait les douleurs des autres. Lui seul était éveillé, lucide, les chairs et l’esprit à vif.

Henri Troyat, L’Araigne (1938)

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Les moments où on ne peut pas mentir sont précisément ceux où l’on ment le plus, et surtout à soi-même. Croire une femme “au moment où elle ne peut mentir”, c’est croire à la fausse générosité d’un avare.

Raymond Radiguet, Le Diable au corps

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Und tatsächlich liegt ja künstlerisches Erleben so unglaublich nahe am geschlechtlichen, an seinem Weh und seiner Lust, daß die beiden Erscheinungen eigentlich nur verschiedene Formen einer und derselben Sehnsucht und Seligkeit sind.

Rainer Maria Rilke, Briefe an einen jungen Dichter (Lettres à un jeune poète)
(Au vrai, la vie créatrice est si près de la vie sexuelle, de ses souffrances, de ses voluptés, qu’il n’y faut voir que deux formes d’un seul et même besoin, d’une seule et même jouissance.)

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servitude pour servitude, il vaut encore mieux être asservi par son cœur que l’esclave de ses sens

Raymond Radiguet, Le Diable au corps

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