“ il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France sera sauvée ! ”
Georges-Jacques Danton, Discours prononcé devant l’Assemblée Législative le 2 septembre 1792
“ Все счастливые семьи похожи друг на друга, каждая несчастливая семья несчастлива по-своему. ”
Лев Николаевич Толстой, Анна Каренина (Anna Karénine)
(Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. trad. par Henri Mongault)
“ I am not an elephant ! I am not an animal ! I am a human being ! I am a man ! ”
John Merrick dans The Elephant Man
“ - Vous avez lu « Alice au Pays des Merveilles », chérie ?
Le ton quasi-ironique dont il l’appelait chérie irritait Valérie.
- Comment en doutez-vous ? Je le sais par cœur.
- Votre sourire me fait penser au fantôme du chat qui ne se matérialisait jamais, et dont on ne voyait qu’un ravissant sourire de chat, flottant dans l’air. Ah ! pourquoi l’intelligence des femmes veut-elle toujours choisir un autre objet que le sien ?
- Quel est le sien, cher ?
- Le charme et la compréhension, de toute évidence.
Elle réfléchit.
- Ce que les hommes appellent ainsi, c’est la soumission de l’esprit. Vous ne reconnaissez chez une femme que l’intelligence qui vous approuve. C’est si, si reposant…
- Se donner, pour une femme, posséder, pour un homme, sont les deux seuls moyens que les êtres aient de comprendre quoi que ce soit…
- Ne croyez-vous pas, cher, que les femmes ne se donnent jamais (ou presque) et que les hommes ne possèdent rien ? C’est un jeu : “Je crois que je la possède, donc elle croit qu’elle est possédée…” Oui ? Vraiment ? Ce que je vais dire est très mal, mais croyez-vous que ce n’est pas l’histoire du bouchon qui se croyait tellement plus important que la bouteille ?
La liberté des mœurs, chez une femme, alléchait Ferral, mais la liberté de l’esprit l’irritait. Il se sentit avide de faire renaître le sentiment qui lui donnait, croyait-il, prise sur une femme : la honte chrétienne, la reconnaissance pour la honte subie. Si elle ne le devina pas, elle devina qu’il se séparait d’elle, et, sensible par ailleurs à son désir, amusée à l’idée qu’elle pouvait le ressaisir à volonté, elle le regarda, la bouche entrouverte (puisqu’il aimait son sourire…), le regard offert, assurée que, comme presque tous les hommes, il prendrait le plaisir qu’elle avait à le séduire pour celui d’un abandon. ”
André Malraux, La condition humaine, Deuxième partie (1933)
“ […]le champ ouvert au musicien n’est pas un clavier mesquin de sept notes, mais un clavier incommensurable, encore presque tout entier inconnu, où seulement çà et là, séparées par d’épaisses ténèbres inexplorées, quelques-unes des millions de touches de tendresse, de passion, de courage, de sérénité, qui le composent, chacune aussi différente des autres qu’un univers d’un autre univers, ont été découvertes par quelques grands artistes qui nous rendent le service, en éveillant en nous le correspondant du thème qu’ils ont trouvé, de nous montrer quelle richesse, quelle variété, cache à notre insu cette grande nuit impénétrée et décourageante de notre âme que nous prenons pour du vide et pour du néant. ”
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu I (Du côté de chez Swann), 2ème partie (1919)
“ Et Swann aperçut, immobile en face de ce bonheur revécu, un malheureux qui lui fit pitié parce qu’il ne le reconnut pas tout de suite, si bien qu’il dut baisser les yeux pour qu’on ne vît pas qu’ils étaient pleins de larmes. C’était lui-même. ”
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu I (Du côté de chez Swann), 2ème partie (1919)
“ L’espérance d’être soulagé lui donne du courage pour souffrir. ”
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu I (Du côté de chez Swann), 1ère partie (1919)
Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
A quoi bon puisque c’est encor
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m’éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j’ai cru trouver un pays
Cœur léger cœur changeant cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m’endormais comme le bruit
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
C’était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d’épaule
Le pièce était-elle ou non drôle
Moi si j’y tenais mal mon rôle
C’était de n’y comprendre rien
Dans le quartier Hohenzollern
Entre la Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d’hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais de m’allonger près d’elle
Dans les hoquets du pianola
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons, des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke
Elle était brune et pourtant blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Et travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Il est d’autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t’en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus.
Louis Aragon, Le Roman inachevé(1980)
“ Je n’aime pas le mot « traumatisme » qu’on ne cesse d’utiliser. Aujourd’hui, chaque individu, chaque famille a son traumatisme, petit ou grand. Dans mon cas, c’est un chagrin sans fin ; images ineffaçables, gestes impossibles désormais, silences qui me poursuivent. ”
Rithy Panh avec Christophe Bataille, L’élimination (2012)
“ Telle une malheureuse souris à qui l’on aurait bouché toutes les sorties d’un labyrinthe en lui laissant seulement humer l’odeur du fromage, sa réflexion tournait en rond. ”
Haruki Murakami, 1Q84 Livre 3 (Octobre-Décembre), chapitre 15 (2010)